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Témoignage : On ne vit pas du Fle en France!

Par FLE Attaque :: 07/11/2006 à 18:24 :: Les témoignages, les bilans et les actions des professionnels

Un témoignage publié dans la tribune libre du forum du site franc-parler, reproduit ici avec l'autorisation de son auteur

 

"Bonjour,

Je voudrais apporter mon témoignage après la lecture de nombreux messages de ce forum sur la situation désolante du marché de l'emploi Fle en France. Après un début de carrière à l'étranger, quelques années de sombre galère en France se sont soldées par une évolution certaine mais cette expérience consistait hélas (la plupart du temps) à manipuler les formateurs après avoir été manipulée moi-même et mieux vaut ne pas avoir de scrupules pour faire ce travail ! Me voilà donc à nouveau partie exercer à l'étranger. Après avoir parcouru ce forum, je pense que ceux qui se préparent à passer un diplôme pour devenir enseignants de Fle devraient être mieux informés de la réalité de ce monde professionnel et du marché de l'emploi qui a quelques particularités bien à lui.

Profs de Fle et futurs profs de Fle, pour trouver ou retrouver ce qui fait l'essence même de cette profession (à mon avis) expatriez-vous!!

D'abord les organismes de formation Fle en France sont avant tout des entreprises : le Fle est un secteur qui peut s'avérer très lucratif en France, hautement concurrentiel, où le but est de faire du chiffre d'affaire, pas de promouvoir la langue et la culture françaises, arrêtons de nous leurrer, (j'englobe aussi les associations pour travailleurs migrants qui, si elles n'ont pas forcément pour objectif de faire de l'argent, doivent quand même exister avec un budget ridicule et sont souvent contraintes de faire du n'importe quoi pédagogique)

Ensuite, le problème évoqué dans ce forum de l'offre et de la demande: dans ce contexte où les directeurs des centres ou responsables du recrutement croulent littéralement sous des piles de CV, on peut se permettre d'imposer des contrats de courte voir de très courte durée et des rémunérations au Smic. La convention collective dont dépendent les organismes de formation permet de prendre de nombreuses libertés avec les salariés de ces organismes. La menace permanente du non-renouvellement de leur contrat devient prétexte à demander aux formateurs une performance qui dépend de l'application des règles de la maison - qui va de la pédagogie aux fondements parfois douteux à la tenue vestimentaire en passant par le vouvoiement obligatoire des étudiants ou la police d'impression à utiliser dans ses documents!!! sans aucun avantage social (et même souvent beaucoup plus de désavantages) ni aucune offre de formation continue (car des séances d'une heure (allez deux) bien souvent non rémunérées (!!) pour répondre aux besoins du public du moment alors que vous savez que si vous n'y assistez pas vous dégagez à la fin de votre contrat, ce n'est pas de la formation.

Les établissements privés de Fle en France ne veulent pas des formateurs super diplômés et super compétents, ils veulent des formateurs dont ils pourront se débarrasser facilement à la moindre divergence d'opinion.

Et puis c'est un marché ouvert à tous les profils et je crois qu'il faut arrêter de se demander si tel ou tel diplôme pour l'enseignement de Fle va permettre de mieux gagner sa vie. Pour avoir recruté des enseignants moi-même, je peux témoigner que la compétition est loin de se jouer seulement entre les maîtrises Fle, les master1 et les master2. Il faut compter avec les autodidactes qui ont bourlingué des années à travers le monde, les reconvertis de l'éducation nationale, les diplômés d'autres secteurs que celui du Fle ou de l'enseignement qui, par leur expérience professionnelle, ont trouvé un emploi à l'étranger puis y sont devenus enseignants et peuvent aujourd'hui délivrer des cours de qualité notamment dans le FOS. Evidemment qu'une formation initiale est un plus. Je tiens à dire que dans ce monde professionnel que je qualifierais de sauvage (ou désorganisé) il est courant de voir 1 année d'études rivaliser avec 4 ou 5. Il est aussi courant de voir des CV sur lesquels les stages n'en finissent plus, les stages après maîtrise.

On ne vit pas du Fle en France. La stabilité n'est pas au programme. Les enseignants des systèmes éducatifs de tous pays sont mal payés, c'est un fait, au Nord, au Sud, ils sont toujours parmi les catégories salariales les plus mal payées. Alors en ayant le projet d'enseigner hors du cadre de l'Education Nationale je ne comprends même pas pourquoi on se demande si on aura un salaire décent.

Aux étudiants ou à ceux qui souhaitent se reconvertir, je voudrais dire que si l'enseignement du fle vous attire, il vaut mieux se poser d'autres questions en dehors de celles de savoir quel diplôme préparer et à quel salaire s'attendre. Demandez vous aussi quels sacrifices vous êtes prêts à faire ou non. Car enseigner le Fle en France c'est accepter
- une incertitude réelle quant à l'avenir proche
- des périodes de vaches maigres
- un manque cruel d'opportunités d'évolution de carrière
- des fluctuations dans ses revenus

et combien sont celles et ceux qui ont une source principale de revenus pour continuer à enseigner le Fle (ou un compagnon ou une compagne qui gagne un peu mieux sa vie ce qui permet plus de sérénité en périodes de vaches maigres...)

A mon avis, le Fle (tout en étant prêt à bouger et à se battre et à faire des concessions mais dans quel secteur aujourd'hui ne faut-il pas l'être??) une carrière dans le Fle avec un minimum de reconnaissance pour ce qu'on fait au quotidien, des expériences d'enseignement enrichissantes et des échanges vrais avec des programmes qui s'inscrivent sur la durée, des équipes pédagogiques où la compétitivité n'est pas la clé des relations, une hierarchie qui gère un budget mais qui sait aussi s'impliquer dans l'activité première qui réunit tous les acteurs de l'entreprise / l'association / l'institut qui est l'enseignement de la langue française et la promotion de la culture française et francophone... tout ça n'est accessible qu'aux enseignants qui sont prêts à s'expatrier.

L'enseignement du français langue étrangère ne trouve t-il pas d'ailleurs son essence en dehors des pays où il est la langue officielle ???

Malgré tout ce que j'ai pu lire:
- la langue française a encore beaucoup de succès dans de nombreux pays et la maîtriser ouvre des portes et des horizons
- il y a des contrats de travail (et pas que des stages) qui ne sont pas que précaires pour les enseignants français ou francophones à l'étranger et ces expériences permettent en général de se faire des contacts et de voir sa carrière évoluer autrement plus facilement qu'en restant en France!!

Pour terminer, il est évident pour moi que compter sur les offres d'emploi et de stages diffusées sur Internet pour trouver du travail n'est pas une solution. Dans le Fle comme ailleurs, une seule méthode de recherche d'emploi donne du résultat, c'est une méthode active et géographiquement étendue.

Même si je me suis un peu emportée, j'espère sincèrement qu'en lisant ce message, quelques enseignants de ma connaissance et d'autres lus sur ce forum, découragés et désorientés, prendront leur carrière en main au lieu de se laisser manipuler comme des marionettes.

 

Foxtrot (blog : http://flezemerveilles.canalblog.com)"

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Commentaires

Le 17/11/2006 à 9:28, par William
Je suis en désaccord avec certains des propos tenus ici.
De nombreux étudiants étrangers (quand ils ne sont pas découragés par les CEF) souhaitent venir apprendre le français en France. Il y a donc des débouchés mais la désorganisation totale du secteur, que ce soit dans le domaine privé ou dans le public, fait que les centres d'enseignement travaillent au jour le jour sans chercher à voir plus loin que le bout de leur nez. Les différentes manifestations organisées autour du Fle (Etats Généraux, réunions des centres Fle, Fle Est, réunions intersyndicales, etc.) montrent qu'il est maintenant temps d'organiser professionnellement le secteur à travers des groupements d'employés (collectifs, associations, syndicats) et d'employeurs. Il faut donc que chacun accepte de s'investir (en cela que je suis d'accord avec l'auteur de ce texte, il est obligatoire de s'engager et de s'investir sinon, c'est la précarité assurée).
Quant à l'expatriation, j'aimerais que le texte ci dessus soit nuancé par des propos d'expatriés essayant de se réinstaller en France. En effet, quel qu'ait été le type de contrat à l'étranger (et il n'y a pas plus de sécurité qu'en France malheureusement. Il suffit de voir le nombre d'enseignants qu'on exploite sous couvert de "stages"), le retour en France est souvent douloureux : pas ou peu de reconnaissance de l'expérience à l'étranger pour ouvrir les droits aux indemnités chômage, aux différentes allocations ou même pour trouver un emploi.
Que ce soit en France ou à l'étranger, le Fle, contrairement à ce que de nombreuses personnes prétendent, se développe et on assiste à une crise de croissance qui oblige les différents acteurs (employeurs, ministères, employés) à reconsidérer la situation.
Mobilisez-vous pour faire avancer les choses et je rejoins l'auteur du texte ci dessus en vous invitant à prendre votre carrière en main.
Le 17/11/2006 à 11:47, par Nuitdechine
Cher William,

Les témoignages postés ici reflètent l'avis de ceux qui les postent, tous les membres du collectif FLE Attaque ne sont pas nécessairement en accord complet.
Mais ce blog est conçu comme un espace d'expression, et tout ceux qui sont concernés par nos préoccupations y ont la parole.

Je suis d'accord avec vous : L'expatriation n'est pas la seule solution ! Il faut agir en France. Justement parce que, comme le dit si justement Foxtrot
"On ne vit pas du Fle en France. La stabilité n'est pas au programme."
Amicalement,

Edité par metiersdufle le 18/11/2006 à 18:34
Le 17/11/2006 à 12:59, par William
J'ai seulement répondu à ce texte et non pas à une opinion exprimée par Fle attaque. Ce blog étant conçu comme un espace d'expression, j'y ai exercé ma liberté d'exprimer mon opinion.
Je dirai pour conclure mes propos : "on ne vit pas du Fle sauf si on est titulaire de l'Education Nationale, que ce soit en France ou à l'étranger"

Amicalement,
Le 17/11/2006 à 18:11, par Nuitdechine
mhh on a ses références ;-) ! Ne cerait-ce point un article justement publié sur ce blog auquel vous faites allusion ?
Le 18/11/2006 à 18:25, par Prométhée
Même à l'étranger c'est difficile,et il vaut mieux avoir une maîtrise de lettres modernes qu'un maîtrise FLE qui n'est pas reconnue et permet seulement d'être prof de FLE ou secrétaire bilingue à l'étranger :-). L'éducation nationale reste toujours le moins pire.
S'expatrier n'est pas pour moi la solution et même dans ce cas il faut voir que la demande forte est dans les pays où le salaire moyen est une misère.
Le 20/11/2006 à 9:09, par William
et où les offres de stages sont nombreuses.
Le 20/11/2006 à 21:42, par Beowulf
Les causes de se lamenter peuvent remplir des blogs entier. Mais pensons un peu à identifier ce qui nous mets dans cette situation et ne dépend que de nous. Un inventaire des forces et faiblesses en quelque sorte.

Exemple (je prends les faiblesses) : pourquoi à age et niveau de formation égal y a-t-il plus de jeunes diplômés dans les congrès et rencontres professionnelles de médecins d'ingénieurs et même de psys, et moins en FLE ? Et parmi ceux qui y vont, lesquels - take a guess - arrivent en retard et n'ont pas de carte de visite ? Stop c'est méchant de généraliser sur un blog où sont justement ceux qui se remuent.

Mais le réseautage est quand même fondamental, et on ne peut pas se limiter à le faire dans le monde virtuel, entre soi, entre demandeurs, là où ne sont pas les employeurs.

Autre chose, prenez ceux qui ont maintenant un poste que vous aimeriez avoir disons dans 20 ans. Allez-les voir, demandez-leur s'ils ont ou non connu des années d'exploitation, de bénévolat, de stages, s'ils ont ou non montré ce qu'ils savaient faire à des gens qui ne le méritaient pas toujours, s'ils ont contribué, par leur enthousiasme, à faire vivre des boardings schools où on faisait le cours de français + pion d'internat + moniteur d'au moins un sport.

Bref aller voir les "anciens", pour bavarder pas pour râler, ça peut enlever un peu de morosité. Tiens d'ailleurs, les associations des Anciens des filières FLE, elles sont où ? J'ai sûrement manqué un épisode.

Où en étais-je ? sortir - 1 des son métier (voir comment on procède dans les autres) -2 de sa tranche d'age, ça aère un peu. Pour les forces et faiblesses, je vous fais confiance. A bientôt.

PS un bel événement fle ce week-end du 24-25 à Paris, ne le manquez pas (je vais quand même pas tout vous dire).
Le 21/11/2006 à 1:11, par Nuitdechine
En effet, ce week-end, événement :
L’association de didactique du français langue étrangère fête ses vingt ans les 24 et 25 novembre 2006 à Paris Dauphine et organise des rencontres intitulées "L'interculturel : un champ pluridisciplinaire de recherche".
Davantage d'informations sur http://fle.asso.free.fr/asdifle/2D4.htm

Autre chose : les "anciens" se sont battus et se battent encore pour la reconnaissance du domaine FLE-FLS.
Mais, pour des questions de statuts et de parcours, ils ne s'inquiètent pas tous de la situation de l'emploi pour les "jeunes". Or, depuis une quinzaine d'années, elle a profondément changé, en moins bien.

Et puis, la question n'est pas seulement de se faire des réseaux (stratégie individuelle), mais de repenser les modalités de l'emploi (stratégie collective) du secteur FLE-FLS, secteur lui-même emblématique des changements sociétaux récents.
Autres temps, autres moeurs.

Amicalement
Le 22/11/2006 à 12:39, par William
La table ronde intersyndicale autour du Fle se tient également à Paris le 24 novembre.

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