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Un métier peu connu et pas reconnu : enseignant de français langue étrangère /français langue seconde.

Par FLE Attaque :: 07/12/2006 à 18:54 :: Les témoignages, les bilans et les actions des professionnels

Un article qui nous a été envoyé par Amélie Bisar

 

"C’est un sujet très actuel que de reprocher aux universités de créer des filières universitaires sans aucun débouché. Nonobstant, nous sommes en train d’oublier qu’une des fonctions de l’université, et des facultés de sciences humaines en particulier, est de former des enseignants et des chercheurs. En effet, pour un petit pourcentage d’étudiants allant jusqu’à la thèse de doctorat, l’avenir est d’enseigner et de faire de la recherche à l’université. Pour ceux, plus nombreux, s’arrêtant à la licence ou au master, un concours (CAPES, Agrégation) leur permettra d’enseigner dans le secondaire, et un autre dans le primaire.

 

Qu’est-ce que la formation FLE/FLS?

Le cursus de Maitrise FLE à présent Master de français langue étrangère/langue seconde (FLE/FLS) est né en 1983, mais présente quelques anomalies notoires : aucun autre cursus ne commence en troisième année de licence (lettres ou langues). Ce cursus accueille de ce fait des étudiants, issus de filières d’anglais, d’espagnol, aussi bien que de Lettres Modernes,  qui se destinent à l’enseignement du français à des étrangers en France ou à l’étranger, sans imposer à ces jeunes la maitrise des connaissances et compétences métalinguistiques et linguistiques exigée pour les futurs enseignants, issus eux de Lettres Modernes, de français aux Français.

Certes la connaissance et la maitrise d’une langue étrangère favorisent l’intuition pédagogique, mais nous retrouvons derrière cette bizarrerie de cursus l’idée selon laquelle enseigner le français à des Etrangers ne réclame pas la même exigence d’expertise que lorsqu’il s’agit d’enseigner le français langue maternelle, ou tout autre langue étrangère à des Français.

Autrement dit, les étrangers n’ont pas besoin de spécialistes de la langue et culture françaises pour leur apprentissage.

A moins que ne soit présupposé que tout Français titulaire d’une licence en quelque matière que ce soit, soit par là-même spécialiste en langue et culture françaises?

N’est-ce pas une position dépréciative? D’autant que la langue française est réputée complexe et la maitrise de son code écrit académique sélectif. D’autant également que nous nous plaignons de la difficulté de nos jeunes à manier correctement cette langue.

En contre-partie, aucun autre cursus universitaire n’intègre dans son programme la didactique et la méthodologie de l’enseignement de la matière. C’est une composante très innovante de la maitrise/du master FLE dans le sens qu’il intègre précisément ce qu’aucun autre master ne considère : la pédagogie, c’est-à-dire comment enseigner le français à des étrangers en France et à l’étranger.

Il faut pour recevoir ce contenu d’apprentissage dans les autres filières de lettres-langues réussir un concours c’est-à-dire prétendre enseigner.

Cette différence de contenus n’est évidemment pas innocente : elle sous-tend que les autres filières ont d’autres débouchés possibles que l’enseignement.

Le cursus FLE/FLS est exceptionnellement une filière universitaire ayant l’enseignement comme unique débouché, mais sans concours.

Lacune essentielle dans une France qui ne reconnait enseignants que ceux qui ont franchi le cap du concours.

Les maitres de conférences et professeurs d’université dirigeant cette filière s’adressent à des étudiants qui engagent grâce à eux leur avenir professionnel dans un enseignement statutairement inexistant, autorisant donc toutes les dérives quant aux conditions de recrutement et rémunération, et quant à la non reconnaissance professionnelle.

Cette lacune suggère l’idée de non spécificité de cet enseignement et favorise tous les abus envers des enseignants diplômés mais pas « concoursés » que l’on peut remplacer soit par des étudiants en formation, soit par des enseignants du secondaire capésiens de français langue maternelle, d’anglais ou de philosophie, ayant besoin de beurre dans les épinards, soit par des instituteurs à la retraite.

Bref, des non-spécialistes remplacent des spécialistes non-reconnus.

 

Ces dérives existent depuis vingt cinq ans et persistent à l’intérieur même des universités dans les services consacrés à l’enseignement du français aux étrangers, par conséquent, au vu et au su des responsables de la filière FLE dont seuls quelques uns réagissent[i].

Ces services existent bel et bien, eux, dans la fonction publique! Ils sont généralement gérés et dirigés par du personnel enseignant fonctionnaire, spécialiste ou pas, le concours étant en soi une garantie de compétence/qualité.

En revanche, le personnel enseignant ne pouvant à la fois être spécialiste en FLE et fonctionnaire, sera composé de l’un ou de l’autre, de l’un et de l’autre. Les

fonctionnaires grâce à leur statut bénéficient d’une meilleure rémunération et de perspectives d’évolution de carrière et de salaire auxquelles ne pourront jamais prétendre sans se montrer insolents les personnels non titulaires.

 

Quel est le métier d’enseignant de FLE/FLS?[ii]

Evoquons d’abord la spécificité d’un public très hétérogène : en France, les apprenants sont primo arrivants, professionnels délocalisés, enfants, adolescents, jeunes, étudiants, adultes, retraités; à l’étranger, ce sont des enfants, adolescents, jeunes, étudiants, adultes, professionnels, retraités. A cette diversité, s’ajoute le fait que dans un même groupe peuvent coexister différents âges, différentes cultures, des formations initiales et expériences très diverses, des cultures d’apprentissage, représentations et pratiques de la langue, objectifs et attentes distincts.

Ensuite, les structures d’accueil de cet enseignement sont également des plus diverses et variées.

En France : l’école, le collège, le lycée, l’université, l’éducation populaire en associations, les centres de formation pour adultes, les entreprises et les écoles privées de langue sans oublier les Alliances françaises; à l’Etranger : les entreprises, les écoles françaises, les écoles privées de langues, de commerce international, de tourisme, l’enseignement primaire et secondaire privé, les centres universitaires de langues, les Alliances françaises ou Instituts français, en contrat local, pour la gloire de la francophonie!

 

Ces diversités exigent de l’enseignant une capacité d’adaptation personnelle et professionnelle permanente en fonction du public et des structures; une ouverture d’esprit élargie à toutes les cultures, les philosophies, les générations;  une réflexion pour une adéquation des contenus d’enseignement-apprentissage incluant savoirs, savoir faire et savoir être; une adaptation des stratégies pédagogiques en fonction des objectifs spécifiques des apprenants; mais aussi un éventail de connaissances et une analyse réflexive de la langue enseignée sans cesse actualisés (français commercial, touristique, scientifique, français académique, standard, familier, littérature, civilisation, histoire, arts, sports, actualités nationales et internationales, graphie, grammaire, orthographe, phonétique, lexique, techniques de compréhension orales et écrites, techniques d’expression orales et écrites, à tous les niveaux d’apprentissage, de débutant à supérieur, à tous les rythmes, extensifs ou intensifs). De plus, contrairement à la majorité des enseignements, celui-ci et par conséquent les enseignants, répond à une demande annuelle, vacances comprises.

 

Enfin, il faut considérer qu’en dehors des structures de l’enseignement obligatoire et des structures associatives d’éducation populaire (qui sont obligées de fonctionner avec des bénévoles non spécialistes du fait du désinvestissement total des pouvoirs publics), les apprenants paient très cher. Leurs exigences sont donc logiquement proportionnelles.

Ce qui prime dans cet enseignement/apprentissage c’est la réussite de l’apprentissage (la pratique maitrisée de la langue-culture) et la satisfaction des apprenants.

 

Une pluralité de compétences et d’attitudes qui ne peut se délivrer sous forme de kit prêt-à-l’emploi mais s’acquiert après la formation par la pratique et l’expérience. Un métier qui n’a rien à envier aux enseignements d’autres disciplines, si ce n’est la reconnaissance et le statut qui en découlent.

On se demande pourquoi les ministères de l’Education Nationale et des Affaires étrangères s’entêtent depuis si longtemps à l’ignorer ou le renier! "[Lire la suite de l'article sur le blog d'Amélie Bisar ou le télécharger sur le site de travail du comité de suivi des Etats Généraux]



[i] Notamment Chantal Forestal, MCF en langue-culture française, Université d’Aix en Provence, présidente du collectif fle/fls ; Christian Puren, entre autres.

[ii] Voir le compte rendu de la réunion intersyndicale de FLE du 24/11/06 dans lequel C. Forestal détaille publics et lieux d’intervention.

[iii] Dont l’université de Perpignan Via Domitia

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