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Livre Blanc de la langue culture française du 8 mai 2007 - I

Par FLE Attaque :: 09/03/2006 à 17:25 :: Les syndicats, les collectifs et le FLE

1. Reconnaissance de la discipline Didactique des Langues-Cultures


1.1 Au niveau recherche : la nécessité d’un cadre épistémologique cohérent
On ne peut défendre l’enseignement de notre langue à des étrangers sans défendre l’enseignement des autres langues et cultures étrangères. La DLC se propose de préparer les générations futures à vivre ensemble et à développer des valeurs humanistes universelles issues d’un brassage linguistique et culturel qui se poursuivra sous des formes que nous devons contribuer à créer.

Plutôt que de travailler à l’intérieur d’un cadre lié à « la » culture française, le FLE/FLS tient compte de la diversité culturelle dans un universalisme démocratique et laïc qui favorise un dialogue entre les cultures seul à même d’éviter les dérives communautaires et chauvines. S’engager dans l’enseignement-apprentissage d’une « langue-culture » étrangère (le français en l’occurrence) implique par conséquent des choix à la fois sociétaux, professionnels et éthiques. L’intégration en France est un fait social qui ne concerne pas que les étrangers mais la société toute entière, laquelle construit ses liens sociaux et ses traits communs à travers l’expérience commune de ses membres. Former à la langue-culture française c’est agir contre les conflits ethnicistes.

En classe de langue, il convient de favoriser une compétence « culturante » impliquant savoir être, savoir penser, savoir apprendre et savoir vivre ensemble au sein des complexités linguistiques et culturelles de la langue cible et de la langue source : complexité des systèmes, complexité des normes et des valeurs ancrées dans le système de références de l’apprenant, complexité des tâches spécifiques pour le groupe-classe qui soient motivantes et épanouissantes.

Il s’agit d’aider enseignants et formateurs à construire eux-mêmes en fonction du contexte les réponses pratiques à donner sur le terrain aux questions posées par des réalités multiples et évolutives, dans le cadre d’une anthropologie qui reconnaît les différences et les similitudes entre les cultures.

La DLC apporte non seulement sa contribution à la connaissance du langage par le biais de l’enseignement et de l’apprentissage des langues, mais elle pratique un décloisonnement et fait appel à l’interdisciplinarité (sciences du langage, anthropologie, sciences de l’éducation, littérature,..) afin de favoriser l’émergence d’une « didactique du complexe », intégrant ainsi à sa réflexion les problématiques collectives de type idéologique, économique, social et interculturel.

En bref, la problématique de la DLC concerne l’étude de l’interactivité entre l’enseignant, les apprenants, les finalités et les objectifs, les contenus (linguistiques et culturels), les ressources didactiques et méthodologiques, l’articulation entre les compétences et les performances communicatives : c’est-à-dire l’interactivité entre la formation des habiletés et l’évaluation des comportements en contexte.

Aujourd’hui, les étudiants des filières FLE-FLS, les enseignants de langues en France et à l’étranger, les formateurs universitaires et leurs doctorants ainsi que les responsables des filières FLE-FLS constatent des dysfonctionnements, s’interrogent et nous interrogent sur une meilleure reconnaissance et visibilité de la discipline.

 

1.2 Au niveau de la formation des formateurs : une réalité loin des besoins
En tant que discipline d’intervention, la DLC souhaite assumer ses responsabilités vis-à-vis des enseignants-formateurs qu’elle prépare et des diplômes délivrés à la sortie de ses formations universitaires. Alors que le ministère de l’emploi et de la solidarité encourage le développement de la formation professionnelle pour adapter les qualifications professionnelles aux exigences de la modernisation des entreprises, les enseignants diplômés en FLE-FLS appelés à enseigner dans l’ensemble du système éducatif et des centres de formation universitaires sont en majorité des hors-statut.

Ces enseignants non titulaires assurent des missions pérennes, et prouvent par leur formation, leur expérience et leur investissement qu’ils sont un élément indispensable au bon fonctionnement des centres universitaires de FLE. Ils posent toutefois un véritable cas d’école puisqu’on ne peut pas en France être enseignant dans la fonction publique sans concours, et qu’il n’en existe pas pour enseigner le français aux étrangers.

Il faut en effet actuellement passer le CAPES ou l’agrégation dans une autre discipline du secondaire ou postuler en 7e section des sciences du langage (profil linguistique) à l’Université pour enseigner le FLE en tant que titulaire. Cette contradiction doit être dépassée, compte tenu des enjeux sociaux et internationaux auxquels la DLC doit faire face.

Si cette discipline attire de plus en plus d’étudiants et de jeunes chercheurs français et étrangers issus des formations de langues vivantes, nombre de didacticiens souhaitent que l’actuelle 7e section du CNU (section du Conseil national des universités qui recrute les candidats à des postes universitaires dont dépend le FLE) accepte un nouvel intitulé – « Sciences du langage et Didactique des langues-cultures » –, qui aiderait symboliquement mais fortement à ce que soient reconnus à part entière des profils qui vont bien au-delà d’une formation strictement linguistique.

L’enseignement FLE/FLS est ainsi majoritairement dispensé en France :

– soit, dans l’enseignement scolaire, par des professeurs non qualifiés en FLE, parce qu’ils ont préparé le CRPE ou un CAPES de Lettres classiques ou de Lettres modernes, qui sont des concours de français langue maternelle ;
– soit, pour l’enseignement aux adultes dans le secteur public (Centres universitaires) ou du secteur privé, par des personnels généralement très bien formés aux publics FLE-FLS, mais qui sont nombreux à se trouver paradoxalement en situation de précarité.

 

1.3 Propositions :
En fonction de l’analyse ci-dessus, nous avançons un certain nombre de propositions concernant les enseignants et formateurs de FLE-FLS :

 

1.3.1 Pour l’enseignement primaire

– Obligation d’une formation universitaire en FLE-FLS pour tous les enseignants ayant à accueillir des élèves migrants non francophones.
– Obligation de formation FLE-FLS (niveau licence professionnelle ou Master 1 adaptés) pour tous les acteurs des Classes d’Initiation pour élèves étrangers (CLIN) et des Classes d’Adaptation (CLAD).
– Création d’une option « FLE-FLS » complémentaire au CRPE (Concours de recrutement des professeurs des écoles).

Dans le but de pouvoir accomplir correctement leur mission d’enseignement et d’encadrement, les responsables institutionnels doivent en effet désormais prendre en compte et assurer aussi bien, au niveau relationnel le suivi des élèves et des familles dans l’école, au niveau organisationnel et fonctionnel la bonne marche des rouages de l’intégration in situ, qu’au niveau environnemental enfin l’aide aux élèves et aux familles hors de l’école, y compris avec le partenariat associatif.

Ces différents aspects doivent être intégrés à la formation spécifique en FLE-FLS, et celle-ci doit être obligatoirement prise en compte lors des recrutements. Les Rectorats responsables du recrutement doivent prendre leurs responsabilités, et les syndicats doivent les leur rappeler.

 

1.3.2 pour les enseignants du secondaire
– Aménagement à très court terme des certifications existantes, afin que la spécificité FLE-FLS apparaisse réellement.
– Création d’une option « FLE-FLS » au CAPES (Certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré) qui ne soit pas limité aux CAPES littéraires.
– Création de nouveaux CAPES de Langue Vivante Étrangère avec une majeure et une mineure en FLE-FLS.
– Mise en place de jurys compétents (comprenant au moins un spécialiste FLE-FLS) pour la certification complémentaire des enseignants, afin que celle-ci ne se fasse pas uniquement sur dossier comme c’est le cas parfois dans certaines académies.

 

1.3.3. pour les enseignants des centres universitaires publics et semi-privés ou privés
– Obligation de confier les missions d’enseignement du FLE-FLS à des enseignants formés (niveau Master 1 FLE/FLS minimum). Des conditions de travail acceptables doivent leur être proposées, de manière à leur éviter la précarité.
– Reconnaissance de la spécificité de la recherche des docteurs formés en Sciences du langage, mention didactique FLE/FLS.
– Reconnaissance de la compétence des enseignants non titulaires et de leur parcours professionnel (expérience d’enseignement aux étrangers en France ou à l’étranger) grâce à une démarche de validation des acquis de l’expérience (VAE), dans le cadre de la loi de modernisation sociale (Loi n° 2002-73 du 17 janvier 2002) faisant de la validation des acquis une voie à part entière de la qualification. Les universités doivent être au plus vite informées des possibilités légales de recrutement d’enseignants non titulaires afin d’éviter les « bricolages » actuellement en vigueur dans la majorité des cas. Elles doivent être incitées à appliquer aux enseignants FLE la loi de juillet 2005 portant diverses mesures de transposition du droit communautaire à la fonction publique.

De façon générale, nous demandons à toute institution publique d’offrir des contrats de travail décents à leurs enseignants et de reconnaître par des dispositions claires la formation FLE-FLS lors de l’embauche.

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