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Livre Blanc FLE attaque (4) Le parcours type d'un professionnel du FLE/FLS

Par FLE Attaque :: 09/03/2007 à 21:21 :: Les témoignages, les bilans et les actions des professionnels

SYNTHESE DE TEMOIGNAGES

Avertissement :

Le parcours que vous allez lire n’est pas une anecdote. Il rend compte, sans misérabilisme, du vécu de la majorité des professionnels du FLE / FLS, de la précarité à laquelle ils sont confrontés et dans laquelle ils sont maintenus.

 

Master en poche, le jeune diplômé de FLE/FLS se rend à l’étranger pour prendre son premier poste : un stage, rémunéré par ses parents qui prennent en charge le billet d’avion, les frais de visa, le prix de l’assurance rapatriement et l’aident à payer le loyer et la nourriture. 

XXX - Ecole de français, Tokyo-Japon

Propose des stages d'une durée de trois mois destinés à des étudiants en maîtrise FLE et/ ou DESS.

Descriptif du poste : Le (la) candidat devra assurer des cours au sein de nos 3 écoles à Tokyo (cours de conversation, de grammaire tous niveaux, préparation aux examens); Horaires : entre 10 à 15 h de cours/semaine. Arrivée en poste souhaitée : n'importe quelle date en 2007.

Stage non rémunéré, avec convention de stage. Billet d'avion à la charge du (de la) candidat (e).

Frais de transport payés concernant les transports entre les 3 écoles (Shinjuku, Omotesando et Ginza ).

Prêt d'un téléphone portable pendant la durée du stage. L'école peut aider le stagiaire à trouver un logement bon marché dans le centre ville de Tokyo.

 Source : http://www.fle.fr/pro/stages/index.html (page consultée le 28/01/07)

Au bout de plusieurs mois, le stagiaire a déjà formé des dizaines d’amoureux de la langue et de la culture françaises et pris autant de responsabilités que ses collègues salariés. Pour autant, aucun contrat ne se profile à l’horizon : un autre stagiaire attend de prendre sa place, ou la femme du directeur, ou un touriste français. Le jeune professeur postule donc ailleurs. Pendant quelques années, de contrat local en travail au noir, il ne peut pas envisager de faire des économies. 

Alliance française de XXX (Bangladesh)

Intitulé du poste : professeur de FLE.

Description du poste : enseignement du FLE sur divers niveaux avec les méthodes Tempo, Reflets, Ado, Alex et Zoé suivant le niveau. 21 heures de cours par semaine en moyenne.

Profil du candidat : soit professeur déjà chevronné et possédant une maîtrise de FLE ou DESS et désirant faire une expérience de 2 mois et demie au B, soit étudiant en maîtrise FLE ou DESS possédant une convention de stage. Il y a un formateur à l’AFD, l’étudiant, s’il s’agit d’un étudiant, trouvera donc un appui pédagogique.

Rémunération : 450 Takas/heure, soit 5,5euros/heure + 1/2 billet d’avion sur base forfaitaire, c.à.d. 500 euros

Remarque : les prix au Bangladesh n’ont rien à voir avec ceux de l’Europe. Ce type de rémunération horaire permet un mode de vie tout à fait correct (nous pouvons mettre en relation les candidats avec nos professeurs français pour plus amples informations)

Source : http://www.alliancefr.org/article_special.php3?id_article=79&PHPSESSID=a89e1411b052c36aeaa9239c35980f6d (page consultée le 25/01/2007)

Nous soulignons qu’un professeur chevronné équivaut à un stagiaire.

Au bout de 2 à 5 ans en moyenne, il rentre en France et découvre que son parcours professionnel à l’étranger ne lui permet pas de toucher d’indemnités de chômage. Hébergé chez ses parents ou des amis, il se met à la recherche d’un emploi. Mais ici, comme à l’étranger, la formation de ceux qui veulent apprendre notre belle langue est assurée en grande partie par des stagiaires non rémunérés ou des personnes non formées. Il se rend compte que les postes pour lesquels il est qualifié sont occupés par des bénévoles.

Ainsi, ce n’est qu’au bout de plusieurs mois de recherches assidues qu’il trouve un CDD de quelques heures d’enseignement chichement payées, puis un autre, puis un autre… 

FORMATEUR/FORMATRICE FLE H/F (Code Métier ROME 22211)   
ECOLE DE LANGUES RECHERCHE UN ANIMATEUR FLE  
Lieu de travail : 75 - PARIS 13E ARRONDISSEMENT INST DE LANGUE XXX

Type de contrat : CONTRAT A DUREE DETERMINEE DE 10 MOIS   
Expérience : EXIGEE DE 5 A 10 ANS   
Formation et connaissances : MAITRISE LITTERATURE EXIGE(E)   
Qualification : Agent de maîtrise

Salaire indicatif : HORAIRE 8,27 Euros (54,25 F)   
Durée hebdomadaire de travail : 15H00 HEBDO  
Taille de l'entreprise : 1 OU 2 SALARIES

Source : anpe.fr Offre actualisée le 07/11/06 (page consultée le 15/11/2007)

Il cumule ainsi plusieurs employeurs, des horaires acrobatiques et des kilomètres de déplacements jusqu’à ce qu’il décroche un CDII (contrat à durée indéterminée intermittent). Le deuxième « I » ne l’inquiète pas : son employeur l’assure qu’il aura du travail toute l’année.

Contrat en poche, le jeune professionnel se met à la recherche d’un logement. Quelle chance, le bailleur ne regarde pas non plus le deuxième « I », ignorant que son locataire se trouvera plusieurs mois par an sans revenu : intermittence oblige !  

« Je suis prof de fle. Je croyais être passée par à peu près tous les contrats précaires et je viens de découvrir le CDD d'usage, comme un CDD normal mais sans prime de précarité et renouvelable indéfiniment, pas mal, non?

Remarque le pire reste le CDII, contrat à durée indéterminée intermittent, t'es embauchée mais tu ne sais pas si tu travailleras, parfois tu travailleras 120 heures par mois parfois 0, le tout sans être avertie à l'avance, sans droit aux ASSEDICS...

Qui dit mieux? »

Source : http://obsdurecrutement.free.fr/index.php?2006/04/05/1287-18007_118999_118612_embauche (page consultée le 25/01/07) 

Le temps qu’il ne passe pas à préparer ses cours est consacré à la recherche de travail et à l’entretien de son réseau de connaissances, car la plupart des offres sont en marché caché. Il explore ainsi tous les types de contrats précaires du secteur : des CDII, et bien sûr des CDD d’usage ou à répétition. Il y a aussi des vacations dans le secteur public, où le nombre d’heures est limité, et pour lesquelles aucune cotisation sociale n’est prise en charge. Ces vacations le contraignent donc à avoir un employeur principal. Dans le secteur public il ne peut dépasser les 200 heures par an (4 heures par semaine). Même quand il trouve des employeurs intéressants, les obstacles juridiques ne lui facilitent pas la vie.

Intitulé du poste : Enseignants de français FLE

Organisme recruteur : Faculté X de l’Université XXX - France

Descriptif du poste : Faculté X de l’Université XXX recherche plusieurs enseignants de français FLE pour la formation intensive de deux groupes d’étudiants asiatiques. (1er groupe : d’octobre 2006 à juin 2007; 2e groupe : de janvier 2007 à juillet 2007)   
Travail en équipe, animé par un coordonnateur. Classes à effectifs réduits (12-15 étudiants). La rémunération horaire pour une heure de cours est de 30 euros (net) pour les enseignants vacataires disposant d’un emploi principal. Mais d’autres types de contrats sont proposés, selon la situation professionnelle de l’enseignant et sa disponibilité.

Plusieurs types d’engagement sont possibles :   
- une ou plusieurs intervention(s) hebdomadaire(s) de 2 à 3 heures par classe.  
- un cours minimum / semaine + la coordination d’une classe.   
Nous pouvons également accueillir des stagiaires.

Source : http://www.fdlm.org/fle/emploi/offresliste.html (page consulté le 20/08/07)

Au bout de deux à trois ans, il se met à la recherche exclusive du CDI que ses multiples employeurs ne semblent pas être en mesure de lui offrir. S’il en trouve un, c’est la plupart du temps dans un organisme de formation subventionné par l’Etat. Le salaire n’est pas mirobolant – à peine plus que le SMIC, le temps de face à face dans la classe est très long – 25,5 heures hebdomadaires au moins, mais c’est un CDI. Il envisage avec ravissement les congés payés, la sécurité des congés maladie et, qui sait, d’agrandir sa famille (congés maternité et paternité).

Mais à 30-35 ans, après une dizaine d’années de parcours professionnel dans le FLE/FLS, il change de secteur : le métier le passionne, certes, mais il n’en peut plus de passer ses soirées et ses week-ends en préparation de cours, pour un salaire ridicule au regard de sa formation (Bac +4 / 5) et de son expérience. Il veut une vie de famille normale et la reconnaissance de son expertise. Il trouvera tout ça ailleurs que dans le FLE.

Reste à savoir comment il va financer sa reconversion : ayant cumulé ces derniers temps emplois dans le public et dans le privé, sans temps plein ni vrai temps partiel, il se retrouve – encore une fois – exclu des droits sociaux de base : pas de droit à la formation, Fongecif ou autres. 

« En juin, je décroche un poste à Paris (en CDI !) dans une association gérée par un couple de Chinois. Finalement je donne quarante heures de cours par semaine, pour un salaire de 1200 euros par mois…Je tiens le coup un an et je démissionne.

En juillet 2005, n’en pouvant plus, je décide de laisser tomber le FLE. Ayant des compétences en informatique, je trouve un poste dans un centre de ressources multimédia. J’ai un CDI, un bon salaire (1800 euros), des congés payés, des RTT, des chèques vacances…la belle vie quoi ! Sauf que je vais au travail à reculons, alors que je suis qualifiée et que j’ai de l’expérience dans un autre domaine, le FLE! »

Source : http://www.senateurssocialisteshorsdefrance.net/mcbg/ax_fle.htm (page consultée le 25/01/07)

 

 « Un prof qui a 10 ans de boîte, c’est que des emmerdes. »

Source : Propos de directeurs de centre de langue, rapportés lors de l’intersyndicale FLE / FLS de novembre 2006.

 Conclusion

Ce parcours-type est la synthèse des témoignages récoltés depuis 3 ans par les collectifs d’enseignants. Il met clairement en évidence une précarité structurelle dans le secteur du FLE/FLS à l’étranger comme en France. Il est inadmissible d’entendre – à l’heure où la France se penche sur ses travailleurs pauvres – que ces enseignants sont responsables de leur situation quand on sait qu’ils cumulent parfois, quand ils ont de la chance, plusieurs emplois précaires. La volonté de s’en sortir de ces personnes n’est pas à mettre en cause. La précarité qui caractérise ce parcours n’est pas le fait de la jeunesse, ni d’une sous-qualification, mais s’étend à tout le secteur du FLE/FLS/alpha.

Que dire des enseignants chevronnés qui, pendant de très longues années, ont contribué au développement de la francophonie dans les structures prestigieuses des Instituts français ou autres Centres – vitrines de la France à l’étranger ? Que leur répondre quand, rentrant en France, ils se trouvent confrontés aux mêmes difficultés mais à un âge plus avancé, ce qui les marginalise encore plus ? 

Les professeurs de FLE/FLS sont les représentants de la France à l’étranger. En France, ils forment également, chaque année, des milliers d’étudiants, professionnels et touristes. Comment prétendre promouvoir la langue et la culture françaises avec des stagiaires ou du personnel ignorant les techniques d’enseignement les plus élémentaires ? Quelle image la France renvoie-t-elle avec ces pratiques relevant de l’amateurisme ? 

Les formateurs en FLE/FLS sont, en France, les acteurs premiers de l’intégration linguistique des immigrés. Quel intérêt y a-t-il à financer, pendant des années, des structures employant des bénévoles non formés, des stagiaires ou un personnel trop précaire pour qu’il puisse s’investir pleinement dans son travail ? La formation linguistique des immigrés en pâtit, et par conséquent la société entière. 

Et enfin, pourquoi investir dans la formation de plusieurs milliers d’étudiants en FLE/FLS chaque année, de la licence au Master 2 ? Quel intérêt, si au bout du compte, les savoirs et les compétences que les professionnels du FLE ont acquis au cours de leur formation ne sont pas exploités ?

A trop vouloir faire d’économies, on dépense à mauvais escient. La qualité a un coût. Les décisions politiques actuelles mettent en place une francophonie et une intégration au rabais. La qualité de l’enseignement si souvent prônée repose sur la qualité des conditions de travail accordée à ses professionnels, c’est le gage d’un développement socio-économique à long terme, elle passe par une lutte de tous les instants et à tous les niveaux contre la précarité des professionnels concernés. C’est une mission de service public et, à ce titre, elle doit requérir l’attention, les soins et les moyens de tous les responsables. 

Pour FLE attaque 
Paris, le 06/02/07

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Commentaires

Le 27/04/2007 à 4:17, par Delphine
Excellent et douloureux résumé de la situation.
Le 18/07/2007 à 15:40, par mariep
Je me suis tout à fait reconnue, c'est d'une tristesse!
Le 04/10/2007 à 18:03, par Delphine P
Je me reconnais complètement dans cette description. C'est terrible d'avoir à envisager de changer de métier alors qu'on adore ce qu'on fait et qu'en plus, on le fait bien...
Le 23/01/2008 à 7:39, par Aurélie
C'est triste à en pleurer, d'ailleurs ce soir j'ai pleuré...pleuré de ne pas trouver d'emploi bien que je sois qualifiée à bac +5 en FLE/FOS et que je sois expérimentée, mais surtout pleurer d'entamer une sptième année dans un job alimentaire hors fle...Lamentable pour un pays qui prétend que ses futurs immigrés devront parler français pour entrer sur le territoire...
Le 07/03/2008 à 22:41, par marie.s
Triste et fidèle résumé ! Après une quinzaine d'années dans le FLE, j'abandonne. Lasse de jouer Don quichotte, trop absurde ... la passion ne suffit plus.
Je n'aurais jamais cru que je dirais un jour : "j'arrête le fle" ...
Le 20/08/2008 à 21:21, par Louise
La cerise sur le gâteau ,c'est aussi apprendre de la bouche d'un directeur de centre "qu'après 10 ans dans la même boite, un formateur Fle, ce ne sont que des emmerdes." Quelle magnifique illustration du "managing" à la française. Comment espérer aller de l'avant devant si peu de confiance , de communication et d'énergie. Avec une telle vision à court terme, on comprend pourquoi l'image de la France dans le monde soit si peu respectée!
Le 21/08/2008 à 20:10, par Nuitdechine
Bonjour à tous,
Merci de votre validation de ce "parcours type". Vos voix lui donnent du poids.
En revanche, il semblerait que pour ceux qui sont en province, les choses se passent parfois autrement.
N'hésitez pas à apporter votre pierre à l'édifice, si c'est le cas.
Amitiés
Le 09/09/2008 à 20:56, par Mary
J'ai un lien à suggérer: www.AlphaL2.org

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