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Témoignage - La face cachée du CAIPar FLE Attaque :: 18/04/2007 à 20:30 :: Les témoignages, les bilans et les actions des professionnels
Nous reproduisons ci-dessous un courrier envoyé par une formatrice à l'ANAEM et à l'inspection du travail. "Monsieur, Ayant travaillé quatre mois en tant que formatrice linguistique au sein de *** (association mandatée par l’ANAEM pour assurer les formations linguistiques), je tenais à vous faire part de mon étonnement face aux conditions dans lesquelles ces formations sont proposées. Il me semble en effet inacceptable que les formateurs et les stagiaires soient à ce point dénigrés. Tout d’abord, lors de la signature de mon contrat, il m’a été stipulé que *** respectait la Convention Collective Nationale des Organismes de Formation (CCNOF). Cependant, je me suis aperçue assez rapidement que cela n’était pas le cas : - Dans l’article 4 de la CCNOF, il est noté qu’à l’embauche, les employés doivent subir une visite médicale, or, elle ne m’a jamais été proposée. - Dans l’article 5.2, « il est recommandé d’annexer au contrat de travail un profil de poste », ce qui n’a pas été fait non plus. Certes, ce n’est pas obligatoire mais cela permet à l’association de demander à ses salariés le travail d’un technicien hautement qualifié tout en ne les rémunérant qu’à la hauteur d’un technicien qualifié. J’étais payée 9.745 € brut de l’heure, soit un salaire mensuel maximum de 1215.34 € net. - Dans l’article 103 du titre IV, « le temps d’acte de formation (AF) ne peut excéder 72% de la totalité de la durée de travail effectif consacrée à l’acte de formation et à la préparation et la recherche ». Or, le temps d’AF était pour nous de 30 heures hebdomadaires et non de 25,20h comme cela aurait dû être le cas. En second lieu, il me semble que le droit des salariés n’est pas non plus respecté : - Une demi-journée de congés payés, demandée dans un délai raisonnable, m’a été refusée sans motif. - Les formateurs devaient, en plus de l’acte de formation, faire le ménage des locaux… Ensuite, les conditions de sécurité et d’hygiène du local de formation de Creil étaient (et sont toujours) des plus douteuses : - Il n’y a aucun extincteur dans les locaux. - Pas de signalisation de sortie, ni de sortie de secours. - L’installation électrique est obsolète (les prises ne sont pas munies de prise de terre, une prise est située à côté de l’arrivée d’eau de la cuisine…) - Il n’y a pas de pharmacie de secours et cela aurait été utile : une stagiaire s’est en effet blessée avec un couteau et nous n’avions pour la soigner qu’un paquet de mouchoirs en papier et du ruban adhésif, ainsi que du savon que j’avais moi-même acheté). - Les locaux ne sont pas munis de ventilateurs, ce qui a amené le formateur et un stagiaire à fournir des ventilateurs car les fortes chaleurs d’août et septembre ont provoqué des malaises parmi les stagiaires les plus fragiles (personnes âgées, femmes enceintes…) - Dans les locaux, seul un WC est mis à disposition pour 32 personnes ! - A mon arrivée, je me suis aperçue qu’il n’y avait pas de savon dans les toilettes, ni d’essuie-mains… Quoi de mieux pour propager les maladies ?! J’ai fourni une bouteille de savon liquide, et j’ai demandé un rouleau d’essuie-mains, mais cela m’a été refusé car « ils peuvent utiliser du papier essuie-tout »… - Il n’y avait pas non plus de poubelle dans les toilettes, ce qui a bien sûr amené à ce qu’ils soient bouchés, puis à ce qu’ils fuient dans l’entrée des locaux. Ces dégâts ont mis plus d’une semaine à être réparés, car la responsable pédagogique estimait que nous (formateurs) pouvions les réparer nous-mêmes et qu’un plombier coûtait trop cher… Un plombier est finalement passé car je trouvais intolérable de demander aux stagiaires (et particulièrement aux femmes enceintes) de ne pas aller aux toilettes pendant trois heures voire 7 heures pour ceux qui restaient toute la journée! Je souhaitais également souligner le manque de matériel qui reflète encore une fois le non-respect des stagiaires : - Le local de formation n’était doté que d’une photocopieuse analogique de bureau, très lente et de mauvaise qualité. - Peu de manuels ou documents de travail étaient mis à la disposition des formateurs et des stagiaires, et il a donc fallu que je ramène mes supports personnels. Une commande a été passée auprès de la directrice en octobre mais n’a malheureusement jamais eu de suites… - A mon arrivée, l’ordinateur était vérolé et il nous était donc impossible de préparer nos cours sur place. J’ai donc encore une fois été obligée d’utiliser mon matériel personnel (ordinateur et imprimante)… Lorsque l’ordinateur a été réparé, l’imprimante est tombée en panne et n’a, à ce jour, pas été remplacée. Ceci a posé problème, car l’un de nos stagiaires étant malvoyant, il fallait lui proposer des documents en gros caractères, impossible à réaliser avec le petit photocopieur… - Enfin, aucun matériel audio n’était mis à disposition, alors que l’écoute et la répétition de documents sonores restent l’un des meilleurs moyens de se familiariser avec une langue étrangère. Nous avons demandé à Mme la directrice de nous fournir un lecteur audio (demande sans suite) et j’ai utilisé mon lecteur personnel. Je trouve inadmissible que les formateurs soient contraints d’utiliser quasiment exclusivement leur matériel propre (sans compensation financière) afin de proposer aux stagiaires une formation efficace. A quoi servent donc les subventions de l’Etat ? En dernier lieu, j’aurais aimé savoir s’il était tout à fait légal de faire signer les stagiaires alors même que les formateurs sont absents ? Cela s’est produit à plusieurs reprises et notamment le jour d’une réunion d’équipe… A l’heure où l’on demande de ne plus accorder les marchés aux « moins-disants » mais aux « mieux-disants », je me demande pourquoi cette règle n’est pas appliquée dans le cadre de la formation linguistique des personnes immigrées… En effet, toute association peut proposer un tarif très bas en ne comptant que sur la naïveté et la générosité des formateurs ! De plus, si ces derniers font leur possible pour donner le meilleur d’eux-mêmes, ce ne sont pas tous des « professionnels de l’apprentissage du français » comme le stipule le site internet de l’ANAEM (sur 8 personnes, nous étions seulement 2 à être titulaires d’une maîtrise FLE et à avoir une expérience de 4 ans dans le domaine ! La directrice m’a même fait remarquer que « ce n’est pas le diplôme qui fait un bon formateur » Je suis d’accord, mais ça peut aider quand même… et c’est pour cela que l’ANAEM demande à ce que l’on recrute des titulaires d’une maîtrise FLE…)… Et si l’association qui les embauche ne leur donne ni les moyens, ni le temps d’assurer une formation de qualité, il ne faut pas s’étonner que les stagiaires eux-mêmes aient l’impression d’être abusés… Je reste à votre entière disposition pour tout renseignement complémentaire et vous prie d’agréer, Monsieur, mes salutations professionnelles, dans l’espoir que cette mise au point permette d’améliorer les conditions d’apprentissage du français par les populations immigrées." Trackbacks
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Commentaires Le 24/04/2007 à 15:23, par cécile
Effectivement, je confirme ce que dit cette formatrice sur les conditions d'apprentissage du français par les migrants: je rajouterai aussi les cafards morts et vivants que je trouvais tous les matins dans un des centres dans lesquels j'ai travaillé.
Et vis-à-vis des formateurs, je trouve également que le minimum est d'avoir du matériel à disposition car ce n'est pas normal d'utiliser son imprimante etc Il y a aussi la question de l'embauche de professeurs sans diplôme de FLE ni même d'enseignants tout court! Pour avoir travaillé dans plusieurs organismes de formation, je peux dire que 5 pour cent des prof avaient une maîtrise de FLE ou assimilé (DAEFLE), et, ce qui reflèle vraiment le mépris qu'on nous témoigne, qu'environ 40 pour cent n'avaient aucune formation dans l'enseignement. On veut vraiment que les étrangers ne se forment pas avec des gens pareils! Concernant le salaire aussi, il est stipulé dans la Convention Collective des Organismes de Formation qu'avec un bac+4, on doit être payé à l'indice E1. Eh bien, j'ai toujours été payée en D2, voire en D1. J'ai plusieurs fois parlé de ça avec mes collègues, et ils m'ont expliqué que chaque organisme avait sa propre "convention" qui contrecarrait la Convention des Organismes....Mais je ne sais pas si ce que font les organismes est légal! Voila ce que j'ai constaté pendant la période où je travaillais en France dans des organismes de formation Le 26/04/2007 à 10:14, par Nuitdechine
Bonjour Cécile,
Merci d'ajouter votre voix à celle de Phifine. 92% des entreprises seraient affiliées à une convention collective. Cependant, dans le cas contraire, c'est le droit du travail qui s'applique. Il peut effectivement y avoir des conventions spécifiques à une structure. Par exemple, l'Alliance Française de Paris a une convention spécifique AF de Paris. Sachez cependant que la convention collective dont dépend votre employeur doit OBLIGATOIREMENT vous être fournie lors de la signature de votre contrat de travail. Quant aux catégories de personnel, comme le souligne justement Phifine, c'est le profil de poste qui les détermine. Les diplômes ne donnent pas droit automatiquement à un classement... En d'autres termes, si on vous fait faire un travail qui ne nécessiterait qu'un Bac+2 et que vous êtes Bac+8, tant pis pour vous ! La convention collective des organismes de formation vise un public très large. Elle est globalement défavorable aux profs de FLE, puisqu'ils ne peuvent pas avoir moins de Bac+3 et sont systématiquement classés en catégorie D, pour des emplois qui ne requièrent qu'un Bac+2. Le seul moyen de négocier un reclassement, est d'avoir un document écrit de votre employeur, contenant la définition de vos responsabilités. Si vous recevez des étudiants en stage d'observation dans votre classe, analysez la demande de formation, participez à l'élaboration de méthodes et d'outils pédagogiques, etc. vous relevez de la catégorie E. Si vous participez à la commercialisation des actions; à l'évaluation les coûts de la formation, coordonez une équipe, etc. vous relevez de la catégorie F. (Plus de précisions dans la convention collective des organismes de formation n°3249) Amitiés Le 29/04/2007 à 20:51, par Adeline
bonsoir, je suis très triste de voir que la situation de ma ville est celle de toutes les villes de France. je ne la nommerai pas, mais je peux vous dire que le marché public a été donné à des incapables et que l'argent est tout simplement gaspillé, soit par des organismes non qualifiés, soit par des personnes non qualifiées. et que l'on m'a répondu que les centres étaient sélectionnés sur des critères géographiques et non de compétences. alors que voulez-vous faire quand on distribue l'argent à n'importe qui ? tout ce que vous dites n'est que la preuve de la mauvaise distribution des subventions.
bon courage ! Le 08/05/2007 à 17:28, par phifine
J'avais oublié les cafards... Merci Cécile!
Adeline, les critères géographiques, je n'y crois pas trop car ici, les organismes de formation répondant à l'appel d'offres étaient tous + ou - localisés aux mêmes endroits, et vraiment, ce qui a fait la différence, c'est l'argent! Et sans doute aussi le piston... mais ça, je ne peux pas le prouver... Nuitdechine: sais-tu si les formateurs nouvellement embauchés dans une assoc ou un OF ont la possibilité (légale) d'exiger qu'on leur fournisse un profil de poste? Bon courage à toutes et tous! Le 09/05/2007 à 10:10, par Nuitdechine
Bonjour Phifine,
Pour être honnête, je ne sais pas si l'employeur est tenu de préciser la totalité des tâches que doit effectuer un salarié. Je pense qu'il doit préciser le type de poste et la catégorie, le contrat de travail précise normalement un certain nombre de choses... mais c'est tout. En revanche, la question me semble cruciale. Je pense qu'on pourrait avoir une réponse en posant la question à l'inspection du travail. Désolée d'être aussi vague ! Amitiés Le 12/05/2007 à 7:54, par phifine
merci!
Le 02/01/2008 à 11:37, par Folfo
ce témoignage sur le CAI semble hélas refléter la situation de bien des organismes "mandatés". J'ai pu y échapper et travaille dans une petite entreprise non mandatée pour le CAI mais pour d'autres programmes de formation. Les conditions sont loin de l'excellence mais j'ai le temps de préparation légal, un photocopieur numérique, un accès internet, j'ai obtenu mon lecteur CD... Bref, je n'ai pas vraiment à me plaindre.
Un ancien camarade de promotion est chez les "mandatés CAI" du coin, qui lui imposent 35h de face à face pédagogique par semaine, avec en bonus le travail administratif qui est, dans ma boite, pris en charge par l'encadrement. Le tout pour le même salaire bien entendu. La différence étant qu'en essayant de maintenir la qualité de travail, la boite où je travaille n'a pas obtenu le marché du CAI. Cette observation me fait penser que la qualité des conditions de travail et de formation relèvent pour beaucoup de la bonne volonté des dirigeants de l'organisme mandaté, et l'attribution des subventions aux "casseurs de prix", de l'irresponsabilité de nos chez pouvoirs publics... Ajouter un commentaire |
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