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Les professeurs et la commission européenne

Par FLE Attaque :: 15/12/2009 à 12:05 :: Les témoignages, les bilans et les actions des professionnels

Voici le témoignage d'un professeur de FLE à Bruxelles aux Institutions européennes


Indépendant ou faux-indépendants ?
La Commission met à jour deux tristes réalités: Le degré de dépréciation actuel des professions de l'enseignement et la mise en pratique néolibérale de ses beaux discours moralisateurs. Par un système d'appel d'offre, la Commission encourage elle-même, l'instauration de conditions de travail inacceptables. Cela se passe dans ses propres locaux, au nez de ses propres fonctionnaires.


Depuis 10 ans, les conditions des enseignants des cours de langues qui travaillent pour les sociétés privées qui remportent les appels d'offre de la Commission n'ont fait que se dégrader. La situation est telle qu'elle va contre la logique même de respect et de défense des travailleurs prônée par la Commission.
En effet, le dernier contractant qui a remporté tous les lots de langues au dernier appel d'offre propose des prix imbattables. Il est parfaitement clair dès le début que les économies seront faites sur les rémunérations des formateurs indépendants. Les premières offres de cette agence faisaient d'ailleurs fi des rémunérations des enseignants, de leurs diplômes et de leurs nombreuses années d'expérience. Pour certains, les rémunérations proposées représentaient une baisse de revenus de 40 % ! Quand on pense que cette entreprise bénéficie de soutien du plan Bruxelles Invest qui lui offre entre autres des locaux gratuits à Tour et Taxi et d'autres avantages fiscaux ! Est-ce à cela que servent ces subsides ?
En outre, les enseignants se plaignent de la pauvre qualité des propositions pédagogiques du contractant et ont déjà constaté de nombreux points très peu satisfaisants. Cette société semble d'ailleurs avoir beaucoup de difficultés à remplir les attentes de la Commission. N'aurait-elle été choisie que pour son offre budgétaire imbattable, contre toute logique professionnelle ?
Après 4 mois de bataille, une pétition de soutien signée par 4 000 fonctionnaires européens avec l'aide de l'union syndicale, une manifestation diffusée sur la RTBF, le contractant vante ses mérites et ses réussites tout en faisant planer le spectre de la crise et révise ainsi très lentement ses conditions. Cependant, il établit toujours un net lien de subordination qui va à l'encontre du statut d'indépendant et il instaure des conditions de rémunérations tirées à l'extrême et qui risquent en plus de mettre en danger la qualité des formations. Certains, faute de mieux, se voient obligés d'accepter l'offre proposée même quand elle est inférieure à ce qu'ils gagnaient parce qu'ils n'ont pas d'autre choix. Sous le prétexte de réaliser quelques économies, la Commission, au nom du libéralisme, laisse clairement un contractant engager des gens pris dans un engrenage de remboursement de taxes tout en leur proposant des rémunérations inférieures. Comment nommer de telles pratiques ? La question des dizaines de millions qui pourraient être économisés sans le double siège du Parlement resurgit pour certains à la surface.
Les Institutions Européennes (IE) exigent beaucoup de leurs professeurs, en termes de diplômes et d’expérience. La qualité du travail de milliers de fonctionnaires et leur promotion interne étant liée à leurs compétences linguistiques, les prestations des enseignants sont évaluées de manière constante. De plus, les besoins des Institutions sont permanents et pourraient permettre la création de contrats stables. D'autre part, les directives de Lisbonne 2010 mettent clairement l'accent sur la valorisation de l'expérience et des diplômes ainsi que sur la création d'emplois stables et valorisants.
Malgré tout, les enseignants sont soumis au régime de travail des indépendants payé à l'heure prestée sans tenir compte du travail de préparation des cours, corrections des tests, démarches administratives... Puisque ce statut ne prévoit pas de congés payés, les périodes où il n'y a pas de cours représentent une forme de chômage technique non indemnisé. Cela suppose normalement une rémunération en conséquence. Loin d'être le cas, les budgets, constamment revus à la baisse, poussent encore une fois les contractants à proposer des conditions de plus en plus dures. Tout cela permet évidemment de réaliser certaines économies, mais à quel prix ?
Il semblerait que l'état actuel du contrat d'appel d'offre oblige à appliquer ces honoraires aussi bas et ces conditions aussi dures pour que cela soit rentable pour les écoles concernées. Les enseignants cherchent par conséquent à entrer en contact avec la Direction Générale de l'Administration pour se procurer le cahier des charges de l'appel d'offre mais, jusqu'à présent, celle-ci refuse le dialogue.
Ces formateurs cherchent un moyen de démontrer qu'ils sont en réalité de faux indépendants dénués de nombreux droits fondamentaux des travailleurs au grand bénéfice des contractants qui ne participent sous aucune forme aux contributions sociales et ne sont soumis à aucune garantie d'emploi ni de traitement. Toutefois, même si ce statut de faux indépendants est indépendant de leur volonté, les formateurs n'ont guère d'autres alternatives pour enseigner aux adultes sans passer par ce statut.
La Commission n'a t-elle pas un devoir d'exemple en matière de traitement des personnes qui y travaillent ? De plus, si la Commission est directement impliquée dans le choix du contractant qui se chargera d'assurer la qualité des formations, comment garantir celle-ci face à de telles conditions de travail ?

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