Posté par LMEGUENAI am 27 Jui 2006, 09:59
"Un exemple de précarité de l'emploi fle parmi tant d'autres... cela se passe en Europe de l'Est ! :
Alors que les besoins dans le domaine de l'enseignement du Français Langue Étrangère (FLE) et du Français Langue Seconde (FLS), tant en France qu'à l'étranger, sont considérables, la majorité des enseignants et formateurs vivent toujours dans des situations extrêmement précaires par l'absence de reconnaissance de leur profession et des droits de leur travail.
Une fierté nationale qui cache un profond malaise
Trop d'immobilisme et d'hypocrisie asphyxient notre chère promotion de la langue et de la culture françaises. Cette langue et cette culture, il faut bien les enseigner, les transmettre, en France comme à l’étranger. Sophie Simitzis, lauréate du Prix RFI 2005 l'avait bien compris : « La ferveur et l'obstination de mes collègues de FLE pour “faire vivre” la Francophonie, sont trop mal récompensées, l'immense majorité vit dans une précarité inacceptable. Il est urgent que le gouvernement qui dit défendre la Francophonie prenne ses responsabilités face aux situations de précarité qu'il a créées...» déplore-t-elle lors d'un entretien qu'elle accordait cette année aux journalistes de la radio RFI.
Et alors que l’on célèbre en mars, la semaine de la Francophonie dans plus de 150 centres culturels français installés dans une centaine de pays à travers le monde, le personnel FLE reste d’autant plus mal considéré. Il subsiste de toute évidence une certaine méconnaissance de leur travail sur la scène internationale. Reconnaissons donc une bonne fois pour toute, la passion et tout le plaisir du travail quotidien des plus fervents défenseurs de notre langue, toujours prêts à exporter les valeurs humaines, culturelles et de liberté partagées par tous les francophiles.
Il faut avouer qu'allier les curiosités linguistiques et culturelles au goût du voyage est un choix judicieux pour ces professeurs mais quand on le vit pleinement, la réalité est bien différente vues les mauvaises conditions qu'ils acceptent en contre-partie.
Voici un cas parmi tant d'autres. Après presque deux ans de galère, deux stages au Brésil et au Canada, Sarah, surdiplômée, obtient enfin son premier poste en 2003 à l'Université Konštantina Filozofa de Nitra en Slovaquie. « Le premier diplôme de Maîtrise Sciences du Langage option FLE n'était officiellement pas reconnu par toutes les institutions internationales auxquelles j'ai postulé » avoue Sarah qui n'eut pas d'autres choix que de préparer une formation payante de Master 1 en 2005 de peur que d'autres périodes creuses ne reviennent. Les deux diplômes demeurent pourtant équivalents, seul l'intitulé change.
Le cas de Sarah n’est pas isolé, ces diplômes FLE ne semblent apparemment pas reconnus de la même manière que l’on se trouve en Europe, en Asie ou au Moyen-Orient. À Sarah de continuer, « Il est vrai que l'accueil dans ce pays de l'Est fut de prime abord, assez froid, on m'a de suite qualifiée si je puis dire, de Française “exotique” alors que je pensais sincèrement représenter la France actuelle dans toute sa diversité culturelle » Sarah est Française d'origine algérienne. Sa réponse à leur façon de voir la France de l'autre côté de la Méditerranée, fut un sourire, elle ne désirait pas polémiquer.
Pourtant, une question ici se pose : Peut-on enseigner le FLE si on n'a pas le physique du Français moyen ? Une Française d'origine arabe ou asiatique n'aurait-elle pas les mêmes droits qu'une autre, d'enseigner le français ailleurs que dans son pays d'origine ? Mais cela n'est rien, l'année de Sarah ne fait que de commencer.
Trop souvent exploités, ils sont recrutés comme « professeur de FLE au rabais »
Bien qu'encore inexpérimentée et certainement plus vulnérable à son entrée dans la vie active, Sarah a signé un contrat de recrutée locale, payée environ 700 euros, dont la moitié allant de fait sur son compte bancaire français, « ... certainement pour payer le moins d'impôt possible et ainsi faire des économies », nous confie-t-elle.
À y voir plus clair, elle ne gagnait qu'environ un tiers du salaire d’un certifié en France. Malgré cela, son poste était intéressant puisque renouvelable trois fois, « je comptais d'ailleurs réitérer le contrat l'année suivante si on ne m'avait pas mis des bâtons dans les roues, la Slovaquie me plaisait bien ! » affirmait-elle. Au même titre que les stagiaires de Maîtrise FLE, on constate ainsi une exploitation des recrutés locaux à moindre coût.
En effet, certains employeurs imposent des contrats proprement invraisemblables au regard du droit français. L’enseignant FLE en poste à l’étranger doit constamment se battre pour défendre le droit de vivre décemment. « J'ai eu une année difficile confrontée à la lenteur administrative et financière, la conséquence d’une protection sociale différée. J’ai dû patienter presque six mois après ma venue avant de recevoir mon premier salaire. » Dans cette interminable attente, Sarah a vu toutes ses économies envolées, elle a dû alors se débrouiller seule et se serrer la ceinture, telle est manifestement la dure réalité du métier !
Encore faut-il que le matériel pédagogique à disposition sur le lieu de travail soit suffisant et adapté. « Trop souvent l’accès et l’utilisation d’outils pédagogiques tels que l'ordinateur, l'imprimante, la photocopieuse, le lecteur cd, etc. sont limités voire même insuffisants pour cause de budget au compte-gouttes pour le département du français qui n'était alors pas la langue prioritaire de l'université de pédagogie » C'est effectivement la démonstration manifeste de l’économie des économies (temps, budget, gens, moyens, …)
Ajoutez encore à cela, l’usage du harcèlement moral très apprécié par la direction, ce qu'a malheureusement vécu Sarah par son discours caché de sous-entendus. « C'était dur, comment ai-je pu laisser faire tout ça... je ne m'en rends compte que maintenant ! » avoue-t-elle d'un ton résigné. Mais les ennuis perdurent lorsqu'elle s'aperçoit que son contrat ne sera pas renouvelé comme elle l'espérait tant.
Notre jeune enseignante a ainsi été « remerciée » sans préavis, sans indemnités et surtout, sans explication honnête de la part de ses employeurs... « Je pense pourtant avoir été intègre du début à la fin à la mission confiée... Beaucoup trop d'hypocrisie de la part de l'université d'accueil... Aucun attaché du Service de Coopération et d’Action Culturelle pour le français de l'époque n'a essayé de lever un doigt ou de m'aider à me réinsérer. Ils ont laissé faire sans mot dire, pointant la faute sur le système éducatif slovaque que Monsieur l'Attaché culturel me qualifiait alors de purement "surréaliste". Ce sont ses propres mots ».
On constate visiblement trop de dysfonctionnements liés à la politique menée par les Ambassades de France à l'étranger, souvent impuissantes, et ses partenaires locaux. Un cap difficile à passer pour la jeune Sarah face à l'indifférence de ses employeurs; et qui n'eut pas d'autres solutions que de modifier ses plans d'avenir et de se réinscrire à l'ANPE en France. D
'ailleurs, parlons-en ! Il faut savoir que pour l’A.N.P.E., ces professeurs ont un statut d’intermittents du FLE et dans le meilleur des cas, d'animateurs culturels. On se rend compte que ce combat est de ce point de vue comparable à celui des intermittents du spectacle, qui défendent encore et toujours avec acharnement leur emploi.
En d'autres termes et par rapport à la nature intermittente du métier, la question est de savoir si les professeurs de FLE peuvent bénéficier du même statut que les intermittents du spectacle et donc, une prise en charge complète par les ASSEDIC ? En clair, il subsiste encore de nombreuses défaillances au niveau des moyens à apporter pour favoriser l’intégration et l’insertion sociale des personnels en poste à l’étranger.
Mais là, règne toujours le silence...
Un premier constat décevant voire alarmant !
Un certain ras-le-bol se fait foncièrement sentir dans la profession, démotivation, abandon et réorientation s'en suivent dans le meilleur des cas. S'ils décident effectivement de rentrer un jour en France, leur expérience professionnelle n’est aussi pas toujours reconnue par l'administration. Leur réinsertion demeure très difficile puisque aucune « indemnisation » ou « prime de réintégration » n’est à ce jour, prévue et qu’ils ne peuvent bénéficier d'une allocation chômage spécifique.
Le dur constat est là, de plus en plus d'enseignants et de formateurs en FLE préfèrent donc abandonner leur carrière quand d’autres persévèrent et continuent dans des conditions inadmissibles qu'il faut rappeler sans assurance chômage, avec des salaires ridicules, d'une protection sociale minimum, d'aucun contrat durable et fiable, etc.
Ainsi on déplore chaque année, des dizaines de collègues qui renoncent à se battre et changent de métier pour ne plus avoir affaire à la précarité, alors que bien même, ils ont suivi des formations exigeantes.
C’est un énorme gâchis d’intelligence au moment même où la « matière grise », comme l’on dit, est devenue le facteur décisif dans la compétition internationale. De cela se dégage un sentiment d'amertume de la part de ces professeurs de FLE qui ne cessent de revendiquer leur besoin d'un peu plus de reconnaissance officielle à tous les niveaux mais en vain.
L'histoire de Sarah le prouve, il est primordial de créer une dynamique durable de rassemblement entre ces acteurs trop souvent isolés et mal informés. De même qu'il est urgent de proposer une réflexion commune afin de défendre leurs droits à une reconnaissance statutaire à l’étranger.
Hélas, ces graves problèmes sont gardés trop longtemps sous silence. Les personnes qui osent critiquer deviennent vite persona non grata ou en d'autres termes, non fréquentables. Les enseignants se sentent généralement menacés et choisissent donc de se taire plutôt que de risquer de perdre leur emploi si ce n'est déjà fait.
Là est le cœur du problème d'où l'organisation annuelle des États Généraux du FLE et du FLS qui œuvrent pour plus d'égalité et de reconnaissance du monde fleiste. À ce propos, Sarah va nous en dire davantage, « J'y ai participé en janvier dernier, c'était aussi l'occasion de m'exprimer, de me syndiquer. Je ne sais pas si cela va faire avancer les choses, on vit actuellement une drôle d'impasse mais j'ai eu le sentiment que mes problèmes n'étaient pas isolés et que même si ce genre de manifestation ne dure qu'un moment, elle peut aider certaines personnes qui comme moi, ont vécu beaucoup d'incompréhension de la part de leurs employeurs souvent insouciants du droit français. »
Tout bien considéré, si cela peut persuader quelques employeurs peu scrupuleux de changer leurs pratiques abusives, l'espoir ferait vraiment vivre ! L'urgence des solutions à y apporter n'attendent pas. Il serait bon de voir la vérité en face et d'en parler ouvertement. Trop de chiffres et d'économies tuent finalement l'essentiel, celui de l'action de ces hommes et femmes sur le terrain."
L. MEGUENAI, Professeur Fle - Alliance Française de La Haye, Pays-Bas
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